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VILLE IMPÉRIALE

Fès

Fès demeure une ville majeure pour comprendre le cuir, le zellige, la poterie et l’artisanat marocain. Repères, matières et lecture éditoriale pour mieux la découvrir.

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Ruelle de la médina de Fès, porte en zellige et murs en plâtre

Fès concentre près de 40 % des ateliers de zellige du Maroc et reste le premier pôle national pour le travail du cuir tanné végétal. Dans le quartier des Andalous, une quinzaine de familles perpétuent la taille du zellige depuis huit générations. La médina — 9 400 ruelles sur 280 hectares, classée UNESCO depuis 1981 — abrite environ 10 000 artisans actifs, répartis entre cuir, céramique, dinanderie et bois peint. Ce maillage fait de Fès le point d’entrée le plus dense pour comprendre l’artisanat marocain comme culture matérielle, et non comme simple décor.

Une capitale artisanale millénaire

Fès se situe entre le Moyen Atlas et le Rif, à 400 mètres d’altitude. Cette position donne accès aux matières premières : argile, eaux courantes permanentes pour les tanneries, bois de l’Atlas pour les cuissons. Le climat continental influence les techniques : séchage du cuir en été, cuisson céramique au printemps.

Fondée au VIIIe siècle, Fès fut plusieurs fois capitale impériale. La Quaraouiyine, fondée en 859, a formé des générations d’artisans aux mathématiques appliquées au zellige. Ce savoir-faire se transmet depuis 1 200 ans, d’atelier en atelier.

La médina, classée UNESCO en 1981, fonctionne comme un écosystème vivant où les 9 400 ruelles forment un réseau fonctionnel. Les ateliers familiaux perpétuent une transmission orale. L’enjeu actuel : équilibre entre préservation patrimoniale et activité économique.

Les matières principales

Le cuir et les tanneries

Le tannage végétal se pratique dans les bassins à ciel ouvert de Chouara et Sidi Moussa. Le procédé ancestral combine chaux, tanin extrait d’écorce de grenade ou de coque de noix, et décharnage manuel. L’ensemble demande vingt à quarante jours selon l’épaisseur. Les teintures naturelles — safran, indigo, henné, coquelicot — donnent au cuir de Fès sa signature : souplesse, grain fin, odeur caractéristique.

Trempage, foulage aux pieds, essorage exigent une maîtrise du dosage que seule l’expérience transmet. Environ 500 artisans travaillent dans les deux tanneries. Ils produisent babouches, sacs, reliures et maroquinerie pour le marché national et l’export.

L’article Les tanneries de Fès : mille ans de cuir et de couleur explore la dimension historique. La page Cuir replace Fès dans une lecture plus large.

Le zellige

Chaque tesselle est taillée une à une au marteau et au tranchet. L’argile locale, cuite à haute température, produit dix à quinze familles de couleurs : bleu cobalt, vert céladon, jaune ocre, blanc lait, noir. L’assemblage se fait à l’envers sur gabarit papier, coulé dans le mortier. Tolérance inférieure au millimètre.

Le quartier des Andalous concentre quinze familles qui perpétuent ce savoir-faire depuis huit générations, rue Sidi Ahmed Chaoui. Le maâlem transmet les motifs géométriques par dessin mental, sans plan écrit. Fès produit 40 % du zellige marocain.

L’article Atelier de zellige à Fès : dans les mains du maâlem montre les gestes du maître. La page Zellige replace la technique dans une lecture nationale.

Poterie blue de Fès et dinanderie

La céramique émaillée blue de Fès se distingue par son bleu cobalt sur fond blanc ivoire. Technique : émaillage stannifère et double cuisson. Formes typiques : plats creux, vases, carreaux muraux. Le quartier des potiers se situe à Ain Nokbi, périphérie de la médina, près des sources d’argile. Moins visible que le zellige ou le cuir, la poterie blue reste un marqueur identitaire.

La place Seffarine est le cœur de la dinanderie depuis le XIVe siècle. Les artisans martèlent le cuivre rouge à froid, cisèlent motifs géométriques ou végétaux. Production : plateaux, théières, braseros, lampes. Le son des marteaux fait partie de l’identité sonore de la médina. L’article Dinanderie de Fès : le cuivre frappé à la main détaille ce savoir-faire.

Les quartiers artisanaux

Chaque quartier correspond à une spécialité. Logique matérielle : eau pour les tanneries, bois pour la cuisson, proximité des fondouks pour le commerce.

Talaa Kebira et Talaa Seghira concentrent zellige et bois peint. Ain Azliten abrite les deux grandes tanneries — Chouara et Sidi Moussa — où le cuir est traité dans des bassins de chaux et de tanin. Place Seffarine : cœur de la dinanderie. Les artisans y martèlent plateaux, théières et braseros depuis le XIVe siècle. Quartier des Andalous, rive est de l’oued, regroupe les maîtres zelligeurs. Quinze familles y perpétuent la taille depuis huit générations.

L’apprentissage se fait par observation directe. Fils et neveux commencent à douze ou quatorze ans. Transmission orale : regard, répétition, correction par le maâlem. Les ateliers sont des lieux de vie, pas des attractions.

Ce qu’on retient

Fès concentre une densité unique : 40 % du zellige marocain, premier pôle pour le cuir tanné végétal, poterie historique, dinanderie active. Continuité millénaire, gestes inchangés, transmission orale, ateliers familiaux. La médina fonctionne comme laboratoire vivant de la culture matérielle.

Point d’entrée idéal pour comprendre l’artisanat marocain au-delà du décor. La ville saisit le lien entre matière, lieu, histoire et geste. Repères solides avant d’explorer Marrakech, Meknès ou Essaouira. Fès sert de référentiel, non de destination.

Pour aller plus loin